Dans les années 1990 encore, de nombreux médecins croyaient que les nouveau-nés ne ressentaient pas la douleur de la même façon que les adultes. Des interventions chirurgicales majeures étaient pratiquées sans anesthésie sur des nourrissons. De nos jours, grâce à des chercheurs comme la psychologue clinicienne Dre Rebecca Pillai Riddell, nous en savons plus. Mais comprendre et évaluer précisément la douleur infantile demeure un défi complexe.
Dans les unités de soins intensifs néonataux (USIN), il n’est pas rare que les bébés prématurés, dont certains nés dès 22 semaines, puissent subir six interventions douloureuses ou plus par jour. Ces patients non verbaux ne peuvent pas nous dire ce qu'ils ressentent, et le jugement humain, même celui de professionnels qualifiés, est souvent incohérent. Une douleur non prise en charge à ce stade critique peut altérer le développement cérébral et affecter la santé de l'enfant pour la vie.
Exploiter l'IA pour obtenir des informations sur la santé en temps réel
La Dre Pillai Riddell, titulaire de la chaire de recherche York sur la douleur et la santé mentale et directrice du laboratoire « Opportunities to Understand Childhood Hurt » (OUCH) au département de psychologie à York University, collabore avec des informaticiens pour former des systèmes d'IA capables de détecter et de surveiller la douleur grâce à l'activité cérébrale (EEG), aux expressions faciales, au rythme cardiaque et à d'autres signaux physiologiques. Son objectif est de développer un appareil de surveillance de douleur au chevet du patient qui fournirait un aperçu en temps réel de l'intensité de la douleur d'un bébé aux équipes soignantes, les aidant à réagir rapidement et de manière appropriée.
Afin d’élaborer des modèles d'IA fiables pour ce travail, la Dre Pillai Riddell et son équipe ont besoin d'une capacité de calcul massive, sécurisée et accessible au public, avec la capacité de traiter des données d'activité cérébrale mesurées en millisecondes et de les conjuguer avec des vidéos et d'autres données de santé sensibles, tout en protégeant les informations de santé privées.
Selon la Dre Pillai Riddell, cette recherche ne concerne pas uniquement la science : elle touche aussi aux droits des nourrissons, à l’équité en santé et à la justice sociale. Un système informatique souverain d’IA garantira que les données canadiennes seront au service des priorités canadiennes, permettant de trouver des solutions locales à des défis aussi importants que l’impact permanent de la douleur sur nos citoyens les plus vulnérables.
« En tant que professionnels de la santé mentale, nous devons comprendre les meilleures façons d’intégrer l’IA à nos recherches », déclare la Dre Pillai Riddell. « Nous n’avons pas le choix de l’adopter ou non ; nous avons juste à choisir comment nous l’adopterons. Grâce à une infrastructure et une formation adéquates, le Canada peut être un chef de file mondial de l’utilisation de l’IA pour protéger et améliorer la vie de nos plus jeunes patients. »
Recherche locale à impact national
La Dre Pillai Riddell est membre du Conseil des chercheurs de l'Alliance de recherche numérique du Canada (l'Alliance). L'Alliance réunit des chercheurs, des représentants du gouvernement et du secteur afin de promouvoir une vision nationale pour des données publiques souveraines et à grande échelle, ainsi que pour l'informatique basée sur l'IA : l'épine dorsale de la découverte et de l'innovation au Canada.
Ses travaux illustrent les possibilités transformatrices des données publiques et du calcul basé sur l'IA. En l’absence d’un système de calcul canadien robuste et sécurisé, les découvertes et la recherche qui changent nos vies risquent d'être ralenties, sous-financées ou dépendantes d'infrastructures étrangères où la souveraineté des données et l'équité en santé ne sont pas assurées. Avec un tel système, le Canada peut accélérer la mise en place de solutions qui protègent les plus vulnérables, assurer la gestion éthique des données et former la prochaine génération de leaders en IA et en santé.
Notre ère d’édification nationale : une occasion générationnelle pour le Canada
À l’instar d’autres infrastructures publiques essentielles, une plateforme nationale de données et la capacité de calcul en IA procureraient des avantages essentiels pour les soins de santé, l’industrie et la société.
Le Programme d’infrastructure souveraine de calcul du gouvernement du Canada, nous offre une occasion générationnelle de réaliser cet investissement. En garantissant l’accès équitable à une infrastructure d’IA souveraine, publique et à grande échelle, nous pouvons contribuer à accélérer la recherche qui change des vies, comme celles de la Dre Pillai Riddell, tout en préservant nos valeurs canadiennes, en protégeant les données des patients et en renforçant la concurrence mondiale de notre pays.
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